Friday, 20 July 2007

Je t'embrasse ma "toi"



Scène 3. Intérieur, jour. Dans l’appartement de Sandra.
(...) Sylvain décroche le téléphone.
Sylvain
Oh c’est toi!
Sandra
C’est « toi ».
Sylvain
A toi de comprendre ce que j’appelle « toi ».
Sandra
Ça alors!
Sylvain
J’écris et je suis seul avec toi.
Sandra
Tant mieux!
Sylvain
(même ton)
Regarde-moi toi-même.
Sandra
Okay, attends.
(en l’imitant)
Mon désert s’étend en toi sans moi.
Sylvain
Ben, dis donc! Puce. T’as gagné.
Sandra
Puce cassée. Je joue toujours.
(reprenant le ton)
A toi de déjouer mon pouvoir sur toi.
(extrait-III, La lèpre en direct)

Quand on est con… on est con!


Scène 1. Extérieur, nuit. Dans la voiture de Sandra.
(...) Sandra finit par allumer la radio. C’est la pub à la radio, à la Fun radio. Puis la voix de l’animateur de l’émission revient. A la radio on parle du « vertige d’amour ». Sandra brise le silence.
Sandra
Dis, il t’arrive souvent des vertiges comme ça?
Sylvain
(d’un air absent)
Comment ça?
Sandra
(elle jette un coup d’œil sur Sylvain)
Ben, voyons!
Sylvain
Je m’en souviens pas, à part Gaëlle.
Sandra
C’est beau d’avoir la mémoire!
Sylvain
Putain, t’es terrible, hein! Tout à l’heure au Disney c’était pas un vertige …
Sandra
Pire que ça?
Sylvain
Quelle importance!
Sandra
Allez! Dis-le-moi.
Sylvain
Une merde de chute, si tu veux.
Sandra
Illuminée et /ou illusoire comme tu disais!

(extrait-II, La lèpre en direct)

qu'est-ce qu'aimer?



(...) aimer c’est savoir trouver un lien enjolivé entre les fragments qu’on connaît l’un de l’autre, c’est en quelque sorte un montage des fragments illuminés et/ou illusoires. (extrait-I, La lèpre en direct)

Qui a dit ça ?
Sylvain Benoît, 32 ans, français, jeune reporter de Radio Suisse Romande, domicilié à Lausanne (sa vie à deux avec Gaëlle Rose, 26 ans, s’occupant d’une maison d’édition pour la jeunesse appartenant à ses parents).

À qui?
Sandra Weinfeld, 24 ans, taille moyenne, brune, dodue sans être obèse, impulsive et sûre d’elle-même, Sylvain loge chez elle lors de ses passages à Paris.

Où?
Au Disneyland de Paris

(mais pourquoi diable cette scène d'aveu d'amour se passerait-elle au Disneyland ? faudrait demander aux postmodernistes!)

Sunday, 8 July 2007



Une fois de plus tu te réveilles
Une fois de plus tu essuies les gouttes de rêve
Une fois de plus tu t’en vas vers la vie
Une fois de plus tu mâtes l’amour
Une fois de plus la fée en caoutchouc descend dans ton nid

Pourquoi vivre encore vivre donc une fois de plus
Pourquoi aimer pourquoi fouiller les yeux rincés au jus amer des limes
Une fois de plus
Pourquoi du soleil pourquoi du verre pourquoi de l’eau
Une fois de plus

Le soleil s’en va l’ombre tu fais un pas une fois de plus
L’ombre s’en va des vieilles ombres naît la nouvelle épopée
Une fois de plus le feu rumine tes vies
Le vert monte au ciel
Dans l’eau tremble ta pensée une fois de plus

Une fois de plus
Tu te laves la tête le matin de l’alcool
Une fois de plus
Tu es tombé par terre le ciel s’envole
Le coup sur ta nuque
Une fois de plus
Les bulbilles du sang sur ta peau
Une fois de plus

Pourquoi crier pourquoi saigner une fois de plus
Pourquoi tu randonnes le long du brouillard tu cherches la fleur des doigts
Pourquoi tu laisses flotter ta tête tu cuivres la corde autour du cou
Pourquoi tu sirotes pourquoi tu pailles
Pourquoi les lèvres pourquoi les cendres
Une fois de plus

Tu dis contes tu dis phrases tu dis mots tu dis nuages
Pourquoi tu traces pourquoi tu sillonnes
Pourquoi l’écorce d’espoir le souffle des trous
Pourquoi l’odeur la robe d’été la foire en montagne
Pourquoi le pinceau pourquoi le bourdonnement des fruits
Pourquoi tu te réveilles une fois de plus dans ce matin de sel

Une fois de plus tu t’en vas vers la vie
Une fois de plus naissent les ratures des moisissures bleues
Une fois de plus l’abeille à venin le lait des veines

L’impuissance est comme un escargot

Se rendre entre feuille douce et coquille dure
La salive sillonne les herbes

La peau de l’été
Tes cheveux
Ma feuille
T’appeler la houle du sang
Trois jours de l’amour
Ma vie
Ma feuille

Saturday, 7 July 2007


On a vu Marcel la dernière fois auprès de l’eau

Sophie cheminait alors dans le lit de rivière
Ses nuages pelaient
Les arbres couchaient sur sa figure
Ses yeux troués de rêve
Autant de soleil que de pluie

On l’a vu la dernière fois venir jouer auprès de la source

Quelque poétique
Par dérision

Quelque lyrique
Au prix de revient

Vie feuille amie
Bon vent

Si tu es lotus
Si tu es désir
Si tu es songe
Grimpe
Grimpe
Puis somnole

Quand tu n’auras pas fini
La feuille débarrassera le vol

Les murs se coucheront à l’horizon
Les pieds rentreront dans un écho de l’oubli
La braise des paumes s’arrêtera au vent
Et tu n’auras pas fini

Mais maintenant
Si tu es faim
Si tu es chant
Si tu es plaie
Grimpe
Vole
Dodeline
Puis rêve

Quand tu n’auras pas fini
La cendre soulèvera les plis

Les branches fouetteront le vent dans le repli des vagues
Les ouïes se laisseront enfouir sous les nuages vermeils
On ne tardera pas à faire grincer les ongles sur la chair brûlée
Et tu n’auras toujours pas fini

Mais quand
Tu es riz
Mais quand
Tu es levure
Mais quand
Tu es liqueur
Tu es gloire
Alors vomis
Peins
Trace
Mille soleils

Puis somnole à nouveau

A toi de comprendre ce que j’appelle « toi ». Mon royaume s’étend sans toi ni moi, pourtant ce « je » qui surgit, qui démontre son intime fondé sur un autre, regarde-moi. Ainsi parla le professeur de la repersonnalisation.

A toi de te pousser, de te « repousser » à ton gré où tu veux, ma philo sur l’assiette. A toi de basculer mon pouvoir sur toi, sur ton nu, sur ton éponge. « J’écris et je suis seul avec toi. Nous sommes deux à être seul. Nous sommes plus seuls que jamais. » Regarde-moi la page, nos corps flottent.

A toi de « tremper ton doigt » dans ma soif, dans mon panache. Mon désert s’étend en toi sans moi, pourtant ce « je » qui surgit, qui écrase ton intime couché sur moi, regarde-moi toi-même. On parlera de la conscience la semaine prochaine.

Il ne serait jamais assez de revenir
Il suffit de partir
Certaines époques sont ailleurs
D’autres resteront ici

Il était une fois
Je t’avais cachée
Pour un miroir
Dans l’exil du tain

Et tu fus la lumière
Dans la mémoire

Aujourd’hui
Pour que je guérisse
Je te rechercherai
Par-delà le reflet
Dans l’écho de l’arrière-pays